L'art de l'astrologie intuitive

astrologie

1. Voici un écrit sur le ciel et sur les astres, non pas sur le ciel et les astres considérés en eux-mêmes, mais relativement aux prédictions vraies qu’on en tire pour la vie de l’homme. Ce livre ne contient pas de préceptes, il n’enseigne pas de doctrine, il ne dit pas comment on peut exceller dans la divination ; mais je reproche à tous les hommes sages qui s’exercent dans les autres sciences et qui communiquent aux autres leurs découvertes, de ne point honorer et de ne pas pratiquer l’astrologie.

2. C’est cependant une science antique ; ce n’est pas d’hier qu’elle est venue à nous ; elle est l’œuvre des anciens monarques : chéris des dieux. Mais nos contemporains, par ignorance, par oisiveté et surtout par paresse, s’en font une idée toute différente, ou bien, s’ils rencontrent de faux devins, ils s’en prennent aux astres et détestent l’astrologie elle-même, disant qu’elle n’a ni sens, ni vérité, et que c’est une science trompeuse et frivole. Ils ont tort, selon moi ; l’inhabileté de l’ouvrier ne provient pas de la mauvaise qualité de son art ; le peu de talent d’un musicien n’est pas la faute de la musique ; l’artiste peut être un ignorant, mais chaque art a le mérite qui lui est propre.

3. Ce sont les Éthiopiens qui, les premiers, ont fait part aux hommes de cette découverte. Ils y furent conduits et par la sagesse particulière à leur nation les Éthiopiens étant, pour le reste, supérieurs aux autres peuples, et par la situation avantageuse de leur pays. Un calme, une sérénité continuelle les environne ; ils ne sont point assujettis aux vicissitudes des saisons ; ils habitent sous une température uniforme. Ils remarquèrent les premiers que la lune n’est pas toujours complètement la même, mais qu’elle prend diverses formes, se montrant tantôt sous un aspect, tantôt sous un autre, phénomène qui leur parut digne d’admiration et de remarque. Après de fréquentes observations, ils en découvrirent la cause, à savoir que la lune ne brille pas de sa propre lumière, mais de celle qui lui vient du soleil.

4. Ils trouvèrent aussi la marche des autres astres, que nous nommons planètes, parce que ce sont tes seuls qui se meuvent, leur nature, leur puissance, les effets que produit chacun d’eux, et leur donnèrent des noms, insignifiants en apparence, mais correspondant à leur valeur naturelle.

5. Voilà ce que les Éthiopiens aperçurent dans le ciel. Ils communiquèrent aux Égyptiens, leurs voisins, cette science encore imparfaite. Les Égyptiens, après avoir reçu d’eux l’art de la divination à peine ébauché, le développèrent, firent connaître la mesure du mouvement de chaque astre, et réglèrent par le calcul l’ordre des années, des mois et des heures. La mesure des mois fut la lune et sa révolution, celle de l’année fut le soleil et sa marche circulaire.

6. Ils portèrent beaucoup plus loin leurs découvertes. Embrassant l’espace tout entier, avec les astres fixes, stationnaires et immobiles, ils le divisèrent en douze parties où les autres opérèrent leurs mouvements, et à chacune desquelles ils assignèrent des animaux représentés sous une forme différente, poissons, hommes, bêtes sauvages, oiseaux, animaux domestiques.

7. C’est de là que prit naissance cette foule de divinités adorées en Égypte, car tous les Égyptiens n’employaient pas les douze divisions pour l’art divinatoire ; mais les uns employaient une constellation, et les autres une autre. Ceux qui jadis consultaient le Bélier adorent un bélier ; ceux qui tiraient leurs présages des Poissons ne mangent pas de poisson ; on ne tue pas de bouc chez ceux qui observaient le Capricorne, et ainsi de suite, selon l’astre dont on respectait le pouvoir. S’ils adorent un taureau, c’est certainement pour honorer le Taureau céleste ; cet Apis, qui est pour eux un objet sacré, qui paît en liberté dans leur pays et pour lequel ils ont fondé un oracle, est le symbole astrologique du taureau qui brille au ciel.

8. Peu de temps après, les habitants de la Libye s’adonnèrent à la même science, et l’oracle d’Ammon, établi chez les Libyens, se rattache également au ciel et à la sagesse qui en émane ; c’est aussi pour cela qu’ils représentent Ammon sous la figure d’un bélier.

9. Les Babyloniens, à leur tour, furent initiés à ces phénomènes : ils prétendent même les avoir connus avant les autres ; pour moi, je pense que cette science n’est parvenue chez eux que beaucoup plus tard.

Extrait de Wikisource : le texte contient 29 versets (en analogie au 29 jours de la Lune)

Œuvres complètes de Lucien de Samosate, Hachette, , Tome 1 (p. 518-524).

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